Pourquoi les festivals de musique attirent-ils autant de publics différents ?

Les festivals de musique constituent aujourd’hui un phénomène socioculturel majeur qui transcende les barrières générationnelles, sociales et économiques. Avec plus de 2 500 festivals recensés en France selon Emmanuel Ethis, délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle, ces événements attirent des audiences de plus en plus diversifiées. Cette diversification s’explique par une combinaison complexe de facteurs psychologiques, technologiques et sociologiques qui transforment radicalement l’expérience festivalière traditionnelle. L’analyse comportementale révèle que 61% des festivaliers sont des femmes et 72% possèdent un diplôme d’études supérieures, démontrant une évolution significative des profils d’audience. Cette transformation reflète l’adaptation continue des organisateurs aux attentes variées d’un public en perpétuelle mutation.

Psychologie comportementale des audiences festivalières : segmentation démographique et motivations d’attendance

Théorie de la gratification des besoins sociaux selon maslow appliquée aux festivals

La pyramide des besoins de Maslow trouve une application particulièrement pertinente dans l’analyse des motivations festivalières. Les festivals répondent simultanément à plusieurs niveaux de cette hiérarchie, créant une expérience holistique qui attire des profils variés. Au niveau physiologique, l’expérience sensorielle de la musique live procure une satisfaction immédiate et viscérale. Le besoin de sécurité se traduit par la recherche d’environnements contrôlés où l’expression personnelle est acceptée et encouragée.

L’appartenance sociale constitue un moteur fondamental de l’attraction festivalière. 72% des participants habitent le département ou la région où se déroule l’événement, révélant l’importance de l’ancrage territorial dans la construction de l’identité communautaire. Cette proximité géographique facilite la création de liens durables entre festivaliers, transformant l’événement ponctuel en catalyseur de relations sociales pérennes. Les festivals deviennent ainsi des espaces de socialisation privilégiés où se construisent des réseaux affinitaires basés sur des goûts musicaux partagés.

Analyse psychographique des millennials versus génération Z dans l’écosystème festivalier

Les différences générationnelles influencent considérablement les comportements et attentes festivalières. Les millennials, nés entre 1980 et 1996, privilégient l’authenticité de l’expérience et la découverte artistique. Leur rapport aux festivals s’inscrit dans une démarche exploratoire où la programmation éclectique prime sur la notoriété des artistes. Cette génération valorise particulièrement les formats intimistes et les expériences immersives qui permettent une connexion directe avec les performeurs.

La génération Z, née après 1997, développe une approche plus stratégique et technologique de l’expérience festivalière. 38% de nouveaux spectateurs rejoignent les festivals chaque année, témoignant du renouvellement constant des audiences. Ces jeunes festivaliers utilisent intensivement les réseaux sociaux pour documenter leur expérience, transformant le festival en contenu digital. Leur processus de sélection s’appuie largement sur les recommandations algorithmiques des plateformes de streaming et l’influence des créateurs de contenu.

Impact de la théorie du capital culturel de bourdieu sur la sélection événementielle

Pierre Bourdieu démontre que le capital culturel influence profondément les choix de consommation culturelle. Dans l’écosystème festivalier, cette théorie explique la segmentation naturelle

entre différents types de festivals. Les détenteurs d’un fort capital culturel symbolique auront tendance à privilégier des événements perçus comme légitimes – musique classique, jazz, création contemporaine – tandis que d’autres publics se tourneront vers des festivals de musiques actuelles ou populaires. Cette hiérarchisation implicite des goûts, déjà observée par Bourdieu, se traduit par des choix qui permettent de « dire quelque chose de soi » à travers le type de festival fréquenté.

Dans le même temps, la montée des profils « omnivores » brouille les frontières traditionnelles. Un même individu peut alterner entre festival de rock indépendant, événement électro et rendez-vous littéraire, en construisant un capital culturel plus horizontal que vertical. Les festivals jouent ici un rôle d’accélérateur : ils offrent, en quelques jours, un concentré de propositions artistiques qui permet de renforcer ou de diversifier son capital culturel. C’est aussi ce mécanisme qui explique que les festivals attirent autant de publics différents : chacun y trouve une scène qui correspond à sa position sociale, mais aussi à ses aspirations de mobilité ou de distinction.

Processus décisionnel d’achat de billets : modèle AIDA adapté aux événements musicaux

Le modèle AIDA (Attention, Intérêt, Désir, Action) permet de décrypter le parcours d’achat d’un billet de festival. L’attention est d’abord captée par une affiche, une annonce de line-up ou un contenu viral sur les réseaux sociaux. L’intérêt naît ensuite du sentiment de pertinence : proximité géographique, affinité musicale, recommandations d’amis ou notes positives dans les médias spécialisés.

Le désir se construit lorsque le festival réussit à projeter une expérience désirable : scénographies spectaculaires, ambiance communautaire, promesse d’« être ailleurs » le temps d’un week-end. C’est à ce stade que les éléments de preuve sociale (photos d’édition précédente, témoignages, aftermovies) jouent un rôle clé, en particulier pour les nouveaux publics moins familiers de l’offre culturelle. Enfin, l’action – l’achat effectif du billet – dépend de facteurs très concrets : facilité de réservation en ligne, options de paiement fractionné, prix perçu comme juste, voire sentiment d’urgence créé par la mention de jauges limitées ou de tarifs « early bird ».

Pour les organisateurs, adapter le modèle AIDA à la billetterie des festivals de musique implique de travailler chaque étape du tunnel de conversion. Un visuel fort et identitaire captera l’attention, une communication ciblée par segments (familles, étudiants, trentenaires urbains, publics locaux) nourrira l’intérêt, tandis que des offres packagées (hébergement + transport + pass) faciliteront le passage à l’action. En optimisant ce parcours, on rend l’événement plus accessible à des profils très variés, ce qui contribue directement à la diversification des publics.

Stratégies de programmation musicale cross-genre : curation artistique et diversification des line-ups

La diversification des publics passe de plus en plus par une programmation musicale dite « cross-genre », c’est-à-dire l’art d’assembler sur une même affiche des esthétiques variées. Loin de se limiter à une niche, les festivals de musique misent désormais sur des line-ups hybrides, capables de parler à la fois à des amateurs de pop, de rap, d’électro, de rock ou de musiques du monde. Cette curation artistique devient un levier stratégique pour attirer des audiences multiples, sans perdre la cohérence identitaire du festival.

Concrètement, cette approche consiste à articuler des têtes d’affiche grand public avec des artistes émergents ou des scènes spécialisées. On assiste ainsi à l’émergence de « micro-univers » au sein d’un même événement, chaque scène ou chaque journée pouvant cibler un segment de public différent. Ce jeu d’équilibriste, entre exigence artistique et logique de remplissage, explique pourquoi la programmation est aujourd’hui au cœur des enjeux de compétitivité entre festivals, en France comme à l’international.

Algorithmes de recommandation spotify intégrés dans la sélection d’artistes émergents

Les plateformes de streaming comme Spotify ou Deezer ont profondément transformé la manière dont les programmateurs repèrent les talents. Là où, autrefois, le bouche-à-oreille professionnel et les tournées constituaient les principales sources d’information, les festivals s’appuient désormais sur des algorithmes de recommandation pour identifier des artistes émergents. Les données de type nombre d’écoutes, croissance mensuelle des auditeurs, taux de sauvegarde en playlist ou répartition géographique de l’audience offrent des indicateurs précieux.

Cette « datafication » de la découverte artistique permet de détecter des signaux faibles : un groupe encore peu connu du grand public peut afficher une forte traction digitale auprès d’une niche très engagée. En l’intégrant tôt dans un line-up, le festival bénéficie d’un effet de nouveauté et peut séduire des communautés spécifiques (fans de bedroom pop, de drill, de hyperpop, etc.). Pour vous, en tant que futur professionnel de l’événementiel, comprendre ces logiques de recommandation revient à lire une carte météo des tendances musicales : on anticipe les bourrasques de hype avant qu’elles ne deviennent des tempêtes médiatiques.

Cependant, s’appuyer uniquement sur les algorithmes comporte des limites. La performance scénique, le charisme ou l’adéquation avec l’ADN du festival ne se mesurent pas en streams. Les programmateurs les plus expérimentés combinent donc analyse de données et intuition artistique, en allant voir les artistes sur scène, en suivant les retours des publics et des médias, ou en collaborant avec des labels et collectifs locaux. C’est cette hybridation entre intelligence humaine et intelligence algorithmique qui permet de composer des line-ups à la fois pertinents commercialement et audacieux culturellement.

Méthodologie de booking multi-générationnel : cas coachella et glastonbury

Certains grands festivals internationaux, comme Coachella ou Glastonbury, sont devenus des modèles en matière de booking multi-générationnel. Leur force réside dans la capacité à réunir, sur un même site, des adolescents, des trentenaires nostalgiques, des familles et des publics plus âgés. Comment y parviennent-ils ? En construisant leur programmation comme une matrice qui croise générations, genres musicaux et niveaux de notoriété.

Typiquement, une tête d’affiche « patrimoniale » – groupe rock des années 1980 ou 1990, icône pop ou légende du hip-hop – va rassurer et attirer un public plus âgé ou des amateurs de long terme. À côté, des artistes hyperactuels, issus de la scène TikTok ou du rap contemporain, ciblent la génération Z. Enfin, une constellation de projets émergents, souvent soutenus par les médias spécialisés ou les playlists éditoriales, permet d’attirer les publics curieux et les amateurs de découverte. C’est un peu comme un menu gastronomique : le plat signature cohabite avec des expériences plus risquées, mais tout le monde trouve de quoi se régaler.

Pour les festivals français, s’inspirer de cette méthodologie implique d’oser les contrastes : associer, par exemple, une tête d’affiche rap avec un orchestre symphonique, ou programmer le même week-end une star de la variété, un DJ techno et un ensemble de world music. L’enjeu n’est pas seulement de multiplier les styles, mais de penser des parcours de spectateurs : quelles générations seront présentes tel jour, sur quelle scène, à quel moment ? En travaillant cette cartographie, on augmente mécaniquement la diversité des publics, tout en fluidifiant les flux et en évitant la concurrence interne entre scènes.

Analytics comportementales des streaming platforms pour optimiser les têtes d’affiche

Au-delà de la découverte d’artistes émergents, les données issues des plateformes de streaming jouent un rôle clé dans la sélection des têtes d’affiche. En analysant les territoires où un artiste est le plus écouté, les programmateurs peuvent estimer son pouvoir d’attraction dans une région donnée. Les courbes d’écoute par tranche d’âge ou par type de device (mobile, desktop, TV connectée) fournissent également des indices sur le profil sociodémographique de son public potentiel.

Dans une logique d’optimisation, certains festivals croisent ces données avec leurs propres historiques de billetterie : quels artistes ont déjà été programmés, quels effets sur les ventes ont été observés, à quelle vitesse les différentes catégories de billets se sont écoulées ? Ce travail analytique, proche de ce que pratiquent déjà les grandes tournées de stades, permet de réduire la part d’incertitude économique dans un secteur structurellement risqué. Il aide aussi à justifier, auprès des investisseurs publics ou privés, les choix de programmation en démontrant leur cohérence avec la demande réelle.

Mais l’enjeu reste, là encore, de ne pas se laisser enfermer par les chiffres. Si les festivals ne suivaient que les indicateurs de popularité, les affiches seraient uniformes d’une ville à l’autre, ce qui nuirait à la singularité des événements. L’art consiste donc à utiliser les analytics comportementales comme un tableau de bord, et non comme un pilote automatique. C’est cette marge de liberté – ce « risque calculé » – qui permet d’introduire des esthétiques moins visibles dans les algorithmes, et ainsi d’accueillir des publics plus diversifiés, parfois éloignés des circuits mainstream.

Stratégie de programmation des scènes parallèles : electronic, indie et world music

Les scènes parallèles – souvent dédiées à l’électro, à l’indie ou aux musiques du monde – jouent un rôle déterminant dans l’attraction de publics différents au sein d’un même festival. Elles fonctionnent comme des laboratoires où les organisateurs peuvent expérimenter des formats plus pointus, des horaires atypiques (after, siestes musicales, concerts à l’aube) ou des collaborations inédites. Pour une partie des festivaliers, ces scènes constituent même la véritable identité du festival, loin des grandes scènes plus commerciales.

En termes de stratégie, programmer une scène électronique immersive avec un système son de haute qualité et un light show sophistiqué attirera un public nocturne, souvent plus jeune, en quête d’intensité sensorielle. Une scène « indie » ou « découverte » donnera, elle, une visibilité à des labels indépendants, à des artistes locaux et à des esthétiques moins formatées, attirant un public curieux, parfois plus diplômé et fortement prescripteur dans son entourage. Quant aux espaces dédiés aux musiques du monde ou aux fusions (cumbia électronique, afro-house, jazz contemporain), ils ouvrent le festival à des publics diasporiques, à des curieux de cultures lointaines et à des familles.

Pour vous, penser la programmation de ces scènes parallèles revient à orchestrer des micro-festivals à l’intérieur du festival. On peut, par exemple, confier un jour de programmation à un collectif local, à une radio ou à un média spécialisé, ce qui amène avec eux leur propre communauté. On peut aussi imaginer des passerelles : un artiste programmé en journée sur une scène world music se retrouve invité en jam session sur une scène jazz nocturne. En multipliant ces croisements, les publics se mélangent, découvrent de nouveaux genres et sortent de leurs habitudes d’écoute.

Écosystème expérientiel immersif : design spatial et activation brand marketing

L’attrait des festivals de musique ne repose plus uniquement sur la programmation artistique : il s’ancre désormais dans un écosystème expérientiel immersif, où le design spatial et les activations de marque jouent un rôle central. L’aménagement du site – circulation, zones de repos, espaces instagrammables, scénographies monumentales – participe à la création d’un univers cohérent dans lequel le public se projette. Plus l’environnement est pensé comme une « ville éphémère », plus il attire des personnes qui recherchent une expérience globale, au-delà des concerts.

Les marques, quant à elles, investissent ces espaces pour proposer des expériences additionnelles : bars thématisés, ateliers créatifs, zones de recharge mobiles, espaces bien-être, dispositifs de réalité augmentée. Lorsqu’elles sont bien intégrées, ces activations brand marketing ne se limitent pas à une simple présence publicitaire : elles ajoutent de la valeur à l’expérience festivalière et peuvent même répondre à des besoins spécifiques de certains publics (familles, personnes à mobilité réduite, néo-festivaliers). C’est ce maillage d’initiatives qui transforme le festival en environnement immersif, capable de séduire autant l’amateur de musique que celui qui vient d’abord pour vivre « un moment à part ».

Vous l’aurez sans doute constaté : un même festival peut être vécu de mille façons. Certains vont privilégier les premières rangées devant la grande scène, d’autres passeront leur temps dans les espaces chill, les stands de restauration locale ou les ateliers participatifs. En travaillant finement le design spatial – signalétique claire, diversité des ambiances sonores et lumineuses, intégration du paysage – les organisateurs créent des parcours adaptés à ces différents profils. L’objectif, au fond, est que chacun puisse « se raconter son propre festival », quel que soit son âge, son budget ou son rapport à la musique.

Mécanismes de socialisation et networking communautaire dans l’environnement festivalier

Au-delà des concerts, les festivals de musique fonctionnent comme de puissants dispositifs de socialisation. Ils génèrent des micro-sociétés temporaires où se nouent des amitiés, des collaborations professionnelles, des engagements associatifs et parfois même des histoires d’amour. Sociologues et chercheurs insistent sur ce point : pour une majorité de festivaliers, la motivation sociale – être ensemble, rencontrer, partager – pèse au moins autant que la motivation artistique.

Les dispositifs mis en place par les organisateurs favorisent ce networking communautaire. Zones de camping, espaces de co-eating, ateliers participatifs, rencontres avec les artistes, conférences et débats… Autant d’occasions d’échanger au-delà du simple statut de spectateur. Dans certains festivals, des dispositifs de médiation culturelle (visites guidées, rencontres avec les programmateurs, ateliers de pratique artistique) contribuent à rapprocher publics, artistes et acteurs locaux. Ainsi, les festivals deviennent des « tiers-lieux » éphémères, où l’on expérimente des formes de vie collective différentes du quotidien.

Cette dimension communautaire explique aussi pourquoi les festivals attirent des publics très variés. Un groupe de collègues peut venir pour un team building informel, des militants pour assister à des tables rondes, des habitants du territoire pour profiter d’un moment fort de la vie locale, des fans pour rencontrer d’autres membres de leur communauté en ligne. Pour vous qui envisagez une carrière dans l’événementiel, comprendre ces logiques de sociabilité permet de concevoir des espaces et des temps forts adaptés : speed-meetings, zones de discussion thématiques, dispositifs favorisant l’inclusion des personnes venues seules, etc. Faire un festival, pour reprendre l’expression d’Aurélien Djakouane, c’est aussi « faire société ».

Technologies digitales et personnalisation de l’expérience utilisateur : applications mobiles et géolocalisation

Les technologies digitales se sont imposées comme un levier majeur de personnalisation de l’expérience festivalière. Applications mobiles dédiées, systèmes de géolocalisation, notifications en temps réel, recommandations de concerts : autant d’outils qui aident chaque festivalier à construire un parcours sur mesure au sein d’un programme parfois foisonnant. À l’image des plateformes de streaming, le festival devient un environnement « intelligent » capable de s’adapter aux préférences et contraintes de chacun.

Les applications mobiles de festivals proposent désormais des fonctionnalités avancées : création de planning personnel, alertes avant le début d’un concert, cartographie interactive du site, informations en temps réel sur les temps d’attente aux bars ou aux stands de restauration. Certaines intègrent même des filtres d’accessibilité (parcours pour personnes à mobilité réduite, zones calmes, informations sur les services familiaux), ce qui renforce l’accessibilité pour des publics longtemps éloignés des grands événements musicaux. Vous imaginez l’impact pour un festivalier qui vient pour la première fois ? L’application devient un « guide de voyage » dans cette ville éphémère.

Intégration des wearables et cashless payment systems : cas tomorrowland et ultra music festival

Des événements comme Tomorrowland en Belgique ou Ultra Music Festival à Miami ont poussé très loin l’intégration des technologies wearables et des systèmes de paiement cashless. Les bracelets RFID, qui servent à la fois de billet, de moyen de paiement et parfois même d’outil de networking, simplifient considérablement le parcours du spectateur. En une simple pression du poignet, on accède au site, on règle ses consommations, on participe à des activations de marque ou à des expériences interactives.

Pour les organisateurs, ces technologies représentent une mine d’informations : flux de déplacement, pics de consommation, zones de congestion, temps passé sur chaque scène. Ces données permettent ensuite d’optimiser la logistique, d’adapter l’offre de restauration, d’ajuster la programmation horaire, voire de penser de nouvelles offres tarifaires. Du point de vue des publics, le cashless réduit les frictions : plus besoin de chercher un distributeur, moins de risques de perte de portefeuille, temps d’attente raccourcis aux points de vente. Ce confort profite particulièrement aux publics occasionnels ou moins à l’aise avec les codes du festival, qui peuvent ainsi se concentrer sur l’expérience plutôt que sur les contraintes pratiques.

Reste toutefois une question sensible : celle de la protection des données et de l’acceptabilité sociale de ces dispositifs. Tous les publics n’ont pas la même appétence pour le traçage numérique ou les paiements dématérialisés. Les organisateurs doivent donc faire preuve de transparence, proposer des alternatives (paiement par carte ou espèces, zones non tracées) et communiquer clairement sur l’usage des données. C’est à ce prix que ces technologies, loin de devenir excluantes, pourront contribuer à l’inclusion d’un maximum de profils dans l’expérience festivalière.

Réalité augmentée et installations interactives : technologies immersives burning man

Le festival Burning Man, dans le Nevada, illustre la manière dont les technologies immersives peuvent transformer un événement en véritable laboratoire d’innovations artistiques et sociales. Bien que profondément attaché au principe de déconnexion commerciale, Burning Man abrite chaque année des installations interactives, parfois augmentées par le numérique : sculptures lumineuses réactives, dispositifs sonores spatialisés, œuvres pilotées par les mouvements des corps ou la chaleur des participants. La technologie y est moins un gadget qu’un outil de co-création entre artistes et publics.

La réalité augmentée (AR) commence également à faire son apparition dans les festivals plus mainstream. Via une application mobile, les festivaliers peuvent, par exemple, voir apparaître des contenus additionnels lorsqu’ils pointent leur caméra vers une scène, une œuvre ou un décor : informations sur les artistes, filtres créatifs, jeux interactifs, chasses au trésor virtuelles. Cette couche numérique ajoute une dimension ludique qui parle particulièrement aux jeunes générations, habituées à naviguer entre monde physique et monde digital comme entre deux onglets de navigateur.

Pour un organisateur, l’enjeu est d’intégrer ces technologies de manière cohérente avec l’ADN du festival. Une installation AR peut servir à valoriser le patrimoine du site, à sensibiliser aux enjeux écologiques, ou encore à raconter l’histoire du territoire qui accueille l’événement. En ce sens, les technologies immersives deviennent des vecteurs de médiation culturelle et non de simple spectacle. Elles offrent une porte d’entrée supplémentaire pour des publics qui ne seraient pas venus uniquement pour la musique, mais que l’on peut ensuite amener vers une découverte artistique plus large.

Social media integration et user-generated content : stratégies hashtag et instagram stories

Les réseaux sociaux sont devenus indissociables de l’expérience festival. Hashtags officiels, filtres Instagram, défis TikTok, lives sur Twitch ou YouTube : l’événement existe désormais autant sur les écrans que sur le terrain. Cette hybridation n’est pas anecdotique. Elle participe directement à l’attractivité du festival, en particulier auprès de la génération Z, pour qui la possibilité de créer et partager du user-generated content fait partie intégrante de la valeur de l’expérience.

Pour les organisateurs, définir une stratégie hashtag claire et incitative permet de fédérer les contenus produits par les festivaliers sous une même bannière. Mur social sur les écrans des scènes, concours photo, mise en avant des meilleures Stories… autant de leviers qui encouragent la participation. Le festival devient alors un « décor » dans lequel chacun peut mettre en scène son identité, ses émotions, son style. Cette scénarisation de soi, bien analysée par les sociologues des médias, renforce le sentiment d’appartenance et crée une communauté élargie, qui dépasse largement les frontières physiques du site.

Mais la puissance des réseaux sociaux va plus loin : elle rééquilibre en partie la relation entre centre et périphérie. Un micro-festival peut, grâce à quelques vidéos virales, gagner une visibilité nationale ou internationale. Des publics éloignés géographiquement ou financièrement peuvent suivre l’événement à distance, interagir avec les artistes, découvrir la programmation. En pensant l’intégration social media non comme un simple outil promotionnel, mais comme une extension numérique du festival, on ouvre la porte à de nouveaux publics, parfois éloignés des institutions culturelles classiques.

Analyse économique des modèles tarifaires et accessibilité financière multi-segments

La question du prix constitue l’un des déterminants majeurs de la diversité des publics en festival. Dans un contexte où les coûts de production explosent – sécurité, cachets artistiques, logistique – les organisateurs sont pris en étau entre nécessité de rentabilité et volonté d’accessibilité. Les modèles tarifaires se complexifient donc, avec l’apparition de grilles multi-segments : billets à la journée, pass week-end, tarifs « early bird », offres jeunes, tarifs réduits pour les habitants du territoire, pass VIP, etc. L’objectif est de proposer une gamme suffisamment large pour que chaque profil socio-économique puisse trouver une option adaptée.

Pourtant, comme l’ont montré de récentes études du Centre national de la musique, deux festivals sur trois terminent encore en déficit, y compris avec des taux de remplissage supérieurs à 90 %. Cela montre bien que l’augmentation mécanique des prix n’est ni une solution durable, ni socialement acceptable. De plus, la sociologie des publics révèle une surreprésentation des classes supérieures dans certains festivals, ce qui pose la question de la démocratisation réelle de ces événements. Comment, dans ces conditions, maintenir l’équilibre entre viabilité économique et inclusion ?

Plusieurs pistes se dessinent. D’abord, la mise en place de tarifs solidaires ou de quotas de billets à prix réduit pour les étudiants, les demandeurs d’emploi ou les publics éloignés. Certains festivals expérimentent des partenariats avec des structures sociales, des centres sociaux ou des associations de quartier pour distribuer ces places. Ensuite, le développement de pass combinant transport et hébergement peut réduire le coût global du séjour pour des publics venant de loin. Enfin, la logique d’écosystème territorial – où hébergeurs, restaurateurs et collectivités bénéficient des retombées économiques – plaide pour un partage plus équitable des efforts : à travers des subventions, mais aussi des accords commerciaux innovants.

Pour vous, futur acteur ou actrice de l’événementiel, penser un modèle tarifaire ne se limite donc pas à faire un calcul de marge. Il s’agit de concevoir un dispositif qui traduise concrètement les valeurs du festival : ouverture, diversité, ancrage local. Un événement qui réussit à attirer autant de publics différents est souvent celui qui a su articuler intelligemment ces dimensions économiques, sociales et culturelles. C’est là que réside, aujourd’hui, l’un des principaux défis de la filière festivalière, mais aussi l’une de ses plus grandes sources d’innovation.

Plan du site