Que recherchent les visiteurs dans les musées aujourd’hui ?

La fréquentation des musées repart à la hausse, en France comme à l’international, mais les visiteurs ne viennent plus « seulement » voir des chefs‑d’œuvre. Ils cherchent à apprendre, à ressentir, à débattre, à se détendre, et à partager une expérience culturelle avec leurs proches. Le baromètre des publics montre que 56 % des Français choisissent un musée pour enrichir leurs connaissances, 51 % pour se déconnecter, 47 % pour passer du temps avec leurs proches. Comprendre ces attentes mouvantes est devenu stratégique pour toute institution qui souhaite rester attractive dans un paysage hyper‑concurrentiel, où musées, loisirs marchands, plateformes numériques et événements éphémères se disputent votre attention.

Ce glissement des usages transforme en profondeur les modèles de visite, la médiation culturelle, la place du numérique, mais aussi l’hospitalité et l’engagement sociétal des musées. Pour un professionnel, la question clé n’est plus « Que montrer ? », mais « Quelle expérience globale proposer, du premier clic à la dernière minute passée sur place ou en ligne ? ».

Mutation des attentes des publics de musées : de la contemplation à l’expérience participative

Transition du modèle muséal « temple de l’art » vers le « musée‑forum » selon duncan cameron

Pendant longtemps, le musée a été pensé comme un temple : un lieu de recueillement silencieux, centré sur l’authenticité de l’objet et la verticalité du savoir. Ce modèle reste puissant, notamment dans les grands musées nationaux, mais il ne suffit plus à retenir des publics habitués à interagir en permanence avec leur environnement culturel. La thèse du musée‑forum formulée par Duncan Cameron se vérifie aujourd’hui sur le terrain : le musée est attendu comme un espace de débat, de mise en perspective, voire de controverse, autour des œuvres et des enjeux de société.

Concrètement, cela se traduit par une demande accrue de formats où vous pouvez prendre la parole, voter, réagir, contribuer. Les enquêtes de publics récentes montrent que près de 40 % des parents viennent pour une « sortie en famille » où chacun doit trouver sa place, ce qui renforce l’exigence de dispositifs interactifs adaptés à plusieurs niveaux de lecture. Pour un établissement, ignorer cette demande d’appropriation revient à se couper des générations qui font aujourd’hui l’essor des sorties culturelles urbaines.

Montée des attentes en médiation active : ateliers, visites performatives, dispositifs participatifs

Les visiteurs déclarent utiliser massivement les outils de médiation classiques (cartels, textes de salle, dépliants), mais 65 % d’entre eux estiment que des dispositifs d’intelligence artificielle ou de médiation augmentée pourraient utilement les compléter. Derrière ce chiffre, une attente très concrète : pouvoir « faire » et non plus seulement « écouter ». Ateliers de pratique artistique, visites performatives menées par des comédiens, ateliers philo pour enfants, dispositifs d’écriture ou de dessin in situ répondent précisément à ce besoin d’engagement actif.

Pour un musée, la difficulté réside souvent dans la montée en charge : comment proposer plus d’ateliers sans exploser les coûts de médiation ? Plusieurs institutions testent des formats hybrides, combinant tutoriels vidéo, kits en autonomie et interventions ponctuelles d’un·e médiateur·rice, ce qui permet de maintenir un haut niveau de qualité tout en amortissant mieux les ressources humaines.

Exemples emblématiques : centre pompidou, musée des confluences, musée d’orsay et la BnF

Certains établissements ont fait de cette évolution un axe stratégique clair. Le Centre Pompidou a longtemps été un laboratoire du musée‑forum avec ses performances, débats et résidences d’artistes. Le Musée des Confluences à Lyon, par sa scénographie immersive et ses manipulations, met les publics en position d’enquêteur plutôt que de simple spectateur. Au Musée d’Orsay ou à la BnF, les grandes expositions temporaires adoptent désormais des écritures scénaristiques proches du cinéma, avec prologues, rebondissements, voix multiples et épilogues ouverts.

Pour un porteur de projet, observer ces pionniers permet de mesurer à quel point la ligne de partage n’est plus entre « musées classiques » et « centres d’interprétation », mais entre institutions qui pensent la dramaturgie de visite de bout en bout et celles qui se reposent encore sur la seule force symbolique de leurs collections.

Influence des nouveaux publics urbains, touristes internationaux et publics scolaires sur les attentes

Les données de fréquentation récentes montrent un rajeunissement relatif des visiteurs : les moins de 30 ans, les Millennials et la génération Z fréquentent davantage les musées que leurs aînés au même âge, à condition d’y trouver des formats adaptés à leurs usages numériques. Les touristes internationaux, qui représentent jusqu’à 70 % des publics dans certains grands sites, attendent pour leur part un accès multilingue fluide, une billetterie en ligne simple et des expériences « iconiques » à partager sur les réseaux sociaux.

Les publics scolaires, eux, viennent massivement : dans certains musées nationaux, jusqu’à 1,8 million d’élèves par an. Leurs attentes pèsent sur la conception des dispositifs de médiation, qui doivent fonctionner aussi bien pour une classe accompagnée que pour une famille en visite libre. La tension entre ces demandes parfois contradictoires fait partie des défis quotidiens de la programmation culturelle contemporaine.

Expériences immersives et dispositifs numériques : ce que recherchent les visiteurs connectés

Généralisation des audioguides sur smartphone, PWA et applications natives (louvre, rijksmuseum)

L’audioguide dédié laisse progressivement la place à votre propre téléphone. Applications natives, PWA (progressive web apps), audioguides en streaming ou en téléchargement : le modèle dominant consiste à transformer le smartphone en médiateur de poche. Le Louvre, le Rijksmuseum ou le MET proposent des applications intégrant plans, commentaires audio, parcours thématiques et parfois recommandations personnalisées.

Ce format répond à plusieurs attentes : autonomie de visite, confort (un seul appareil à manipuler), mais aussi confidentialité sanitaire depuis la crise du Covid‑19. Pour un musée, l’enjeu n’est plus tant de produire une application que de la maintenir, de l’alimenter en contenus actuels et de veiller à une excellente expérience utilisateur, sous peine de se retrouver avec une solution vite abandonnée par les visiteurs.

Scénographies immersives et mapping vidéo : L’Atelier des lumières, bassins des lumières, carrières de lumières

Les expériences immersives spectaculaires, popularisées par l’Atelier des Lumières, les Bassins des Lumières ou les Carrières de Lumières, ont profondément modifié les attentes du public en matière de scénographie. Projections monumentales, video‑mapping, son spatialisé, narration continue transforment la visite en expérience sensorielle enveloppante. Certains professionnels redoutent une « starification » de ce modèle, mais les chiffres de fréquentation démontrent son pouvoir d’attraction, notamment auprès de visiteurs peu familiers des musées.

Transposer ces codes dans un musée de collection ne signifie pas forcément recouvrir toutes les salles d’images animées. Il s’agit plutôt d’identifier des moments clés de la visite où une immersion mesurée – une salle introductive, un espace de synthèse, un final – permet de renforcer la compréhension des enjeux ou l’émotion esthétique, sans faire disparaître l’œuvre derrière le dispositif.

Réalité augmentée et réalité virtuelle in situ : dispositifs au musée d’histoire de marseille ou au panthéon

La réalité augmentée (RA) et la réalité virtuelle (RV) s’installent progressivement dans les parcours. Au Musée d’Histoire de Marseille, la RA permet de reconstituer l’urbanisme antique à partir des vestiges. Au Panthéon, des dispositifs immersifs offrent une visite augmentée des espaces inaccessibles ou disparus. Ces technologies répondent à une attente forte de contextualisation : voir « comment c’était avant », plonger dans une scène historique, explorer une architecture sous un autre angle.

Le principal écueil reste la maintenance et l’obsolescence des matériels. D’où l’intérêt croissant pour des solutions BYOD (« bring your own device »), où vous utilisez votre propre téléphone ou tablette pour déclencher des contenus RA, limitant ainsi les investissements matériels pour l’institution.

Parcours interactifs via NFC, QR codes et beacons bluetooth pour le suivi des flux visiteurs

Les QR codes, la technologie NFC ou les balises Bluetooth de type beacon jouent un double rôle : médiation et gestion des flux. Côté visiteur, ils permettent d’accéder, sans téléchargement d’application, à des contenus multimédias, jeux, quiz, cartes interactives. Côté institution, ils fournissent des données de fréquentation très fines grâce aux analytics associés : temps passé par salle, points de congestion, parcours les plus empruntés.

Ces informations sont précieuses pour optimiser la signalétique, ajuster les jauges ou repositionner certains dispositifs. Utilisées avec transparence et éthique, elles contribuent à un museum data‑driven où l’expérience est continuellement ajustée en fonction des usages réels, et non de suppositions.

Émergence des jumeaux numériques de collections via photogrammétrie et modélisation 3D (sketchfab, google arts & culture)

Les collections se dotent de « jumeaux numériques » grâce à la photogrammétrie et à la modélisation 3D. Plateformes comme Sketchfab ou Google Arts & Culture hébergent des milliers d’objets numérisés en très haute définition. Vous pouvez zoomer, tourner, explorer un artefact archéologique que les conditions de conservation interdisent de manipuler physiquement. Pour les musées, ces doubles numériques prolongent la visite, facilitent la recherche scientifique et servent de matière première à de nouvelles formes de médiation (RA, impressions 3D tactiles, maquettes interactives).

La numérisation 3D ne remplace pas l’aura de l’original, mais elle multiplie les portes d’entrée vers les collections et ouvre des usages pédagogiques inédits.

Cette tendance impose néanmoins de nouvelles compétences (gestion de fichiers lourds, normalisation des métadonnées, droits de diffusion) et interroge la frontière entre diffusion gratuite et valorisation commerciale des contenus numériques.

Médiation culturelle et narration : recherche de contenus pédagogiques et de storytelling

Écriture scénaristique des expositions temporaires : cas du mucem ou du musée du quai branly – jacques chirac

Les expositions temporaires contemporaines s’écrivent désormais comme de véritables scénarios. Au Mucem ou au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, chaque section répond à une intention précise : planter le décor, faire entendre des voix multiples, confronter des points de vue, ouvrir sur le présent. Cette écriture narrative répond à ce que les visiteurs déclarent rechercher : des contenus pédagogiques clairs, mais portés par un récit qui les aide à structurer leurs connaissances.

Pour un commissaire, cela suppose de renoncer à une organisation strictement typologique ou chronologique au profit de parcours thématiques, sensibles, parfois non linéaires. L’équilibre se joue alors entre rigueur scientifique et lisibilité du « fil rouge » pour un public non spécialiste.

Dispositifs de médiation multilingue et inclusive : FALC, LSF, audiodescription, contenus parents‑enfants

L’accessibilité cognitive et linguistique devient un critère central de qualité. Traductions multilingues, évidemment, mais aussi dispositifs en FALC (français facile à lire et à comprendre), vidéos en LSF (langue des signes française), audiodescription pour les publics déficients visuels, parcours parents‑enfants avec niveaux de lecture différenciés. Ces dispositifs répondent à une double attente : inclusion des publics empêchés et confort de visite pour tous ceux qui se sentent intimidés par le langage expert.

De nombreuses institutions testent des formats courts, modulaires, que vous pouvez consommer à la carte plutôt que des textes de salle trop denses. Là encore, la donnée d’usage (durée d’écoute, taux de complétion) permet d’affiner progressivement la longueur et la complexité des contenus.

Formats de visite augmentée : visites théâtralisées, audio‑récits immersifs, podcasts de musée

Les formats de visite augmentée se multiplient : visites théâtralisées en costume, audio‑récits immersifs, parcours en réalité sonore spatialisée, podcasts de musée accessibles avant ou après la venue. Ces formats permettent d’adresser des attentes différentes : besoin d’immersion narrative, envie de préparer ou de prolonger la visite, désir d’un accompagnement plus intimiste que la visite de groupe classique.

Le podcast de musée joue aujourd’hui le rôle de « livre de chevet » culturel : un compagnon discret qui prolonge le lien avec l’institution au‑delà des murs.

Pour que ces propositions fonctionnent, la qualité éditoriale doit être irréprochable : écriture, voix, habillage sonore. Les publics, habitués aux meilleurs standards du podcast indépendant, comparent instinctivement.

Utilisation de la data‑visualisation pour expliquer l’archéologie, les sciences ou l’histoire de l’art

La data‑visualisation s’impose comme un outil puissant pour rendre lisibles des phénomènes complexes : stratigraphie archéologique, évolutions climatiques, réseaux de collectionneurs, circulations d’œuvres ou d’artistes. Graphiques interactifs, cartes dynamiques, frises temporelles enrichies aident vos visiteurs à comprendre des ordres de grandeur, des proportions, des dynamiques historiques que le texte seul peine à rendre sensibles.

Un bon principe consiste à proposer plusieurs niveaux de lecture : un message principal immédiatement compréhensible, puis des couches de données supplémentaires pour les visiteurs souhaitant aller plus loin. Trop d’institutions tombent encore dans le piège de la surabondance d’informations, rendant leurs visualisations illisibles pour le grand public.

Confort de visite, hospitalité et design de service dans les musées contemporains

Parcours visiteurs et wayfinding : signalétique, UX spatiale, gestion des files d’attente

Les attentes ne se limitent pas aux contenus. Le « design de service » devient un levier majeur de satisfaction. Un parcours clair, une signalétique lisible, des plans compréhensibles, une gestion intelligente des files d’attente conditionnent fortement votre expérience. Les études montrent qu’un temps d’attente perçu comme mal géré détériore fortement l’appréciation globale, même si l’exposition est de grande qualité.

Les musées les plus avancés travaillent désormais leur UX spatiale comme un site web : repères visuels, parcours principaux et secondaires, points de respiration, micro‑expériences en file d’attente (jeux, contenus mobiles) pour transformer un temps subi en temps utile. L’analogie avec une gare ou un aéroport est éclairante : la façon de guider conditionne fortement la fluidité de l’expérience.

Services à forte valeur ajoutée : billetterie en ligne, créneaux horodatés, vestiaires connectés

Les visiteurs attendent un haut niveau de service, aligné sur les standards du e‑commerce et du tourisme. Billetterie en ligne ergonomique, créneaux horodatés pour éviter les pics d’affluence, information en temps réel sur l’occupation, vestiaires sécurisés voire connectés, paiement sans contact partout : ces services, devenus incontournables dans les grands sites, gagnent progressivement les musées de taille moyenne.

Au‑delà du confort, ces services participent aussi à la maîtrise des flux et à la prévision de la fréquentation. Dans un contexte où certains établissements accueillent plusieurs millions de visiteurs par an, cette optimisation est autant un enjeu de qualité de visite que de durabilité des lieux et des équipes.

Espaces de convivialité : cafés, restaurants, espaces de coworking et learning centers (musée du luxembourg, quai branly)

Le musée est attendu comme un « tiers‑lieu » où il est possible de rester, travailler, échanger. Cafés, restaurants, terrasses, mais aussi espaces de coworking ou learning centers complètent l’offre culturelle. Au Musée du Luxembourg ou au Quai Branly, ces espaces prolongent la visite, mais deviennent aussi des portes d’entrée autonomes pour des publics qui viennent d’abord pour un déjeuner, un rendez‑vous professionnel ou une session de travail, puis découvrent l’offre muséale.

Ce mouvement interroge le modèle économique des musées : comment articuler ces services marchands avec une mission de service public, sans tomber dans une logique purement commerciale ? Bien pensés, ces espaces renforcent au contraire la légitimité sociale du musée comme lieu de vie.

Accessibilité PMR et inclusion sensorielle : boucles magnétiques, parcours tactiles, maquettes 3D

L’accessibilité physique (ascenseurs, rampes, bancs, sanitaires adaptés) est désormais un socle, mais les visiteurs attendent davantage : boucles magnétiques pour les malentendants, parcours tactiles pour les publics aveugles ou malvoyants, maquettes 3D à manipuler, éclairages et acoustiques adaptés aux personnes neuroatypiques. Ces aménagements, souvent pensés pour des publics spécifiques, profitent en réalité à tous.

L’accessibilité n’est plus un supplément d’âme mais un indicateur de maturité culturelle et sociale du musée.

Les solutions numériques (tablettes avec contenus adaptés, guides en LSF, interfaces FALC) complètent ces parcours physiques et permettent une personnalisation fine en fonction des besoins individuels.

Personnalisation des parcours et data‑driven museum : ce que les publics attendent en matière de sur‑mesure

Segmentation des publics : familles, millennials, seniors, publics empêchés, touristes internationaux

Face à la diversification des usages, la segmentation des publics devient incontournable. Familles, Millennials, seniors, publics empêchés, touristes internationaux, habitants du quartier n’ont ni les mêmes contraintes, ni les mêmes motivations. Une stratégie de visite personnalisée commence par une connaissance précise de ces segments : données socio‑démographiques, fréquences de visite, canaux de communication privilégiés, attentes en termes de durée, de prix, de médiation.

Cette segmentation ne doit pas conduire à des stéréotypes (« les jeunes veulent du numérique », « les seniors préfèrent le papier »), mais à des offres modulaires que chacun peut assembler selon ses envies : parcours courts ou longs, visites guidées ou en autonomie, expériences très immersives ou plus contemplatives.

Recommandations de parcours personnalisés via IA et algorithmes (applications du louvre et du MET)

Plusieurs grands musées expérimentent des recommandations de parcours personnalisés basées sur l’IA. Les applications du Louvre ou du MET proposent des itinéraires en fonction de la durée dont vous disposez, de vos centres d’intérêt déclarés ou de vos œuvres préférées. À terme, ces algorithmes pourraient intégrer vos comportements de visite passés pour affiner encore ces suggestions, à la manière des plateformes de streaming.

Pour que ces fonctionnalités soient acceptées, la transparence est essentielle : expliquer quelles données sont collectées, comment elles sont anonymisées, quelles options vous avez pour gérer votre profil. Bien utilisées, ces technologies permettent de réenchanter la visite récurrente, en proposant à un visiteur fidèle de nouvelles combinaisons d’œuvres plutôt que toujours le même « best of ».

Exploitation des données de fréquentation (heatmaps, analytics Wi‑Fi) pour optimiser les expositions

Les données de fréquentation issues des systèmes de billetterie, du Wi‑Fi invité, des capteurs ou des QR codes permettent de produire des heatmaps de visite très précises. Savoir quelles salles concentrent les flux, quelles œuvres retiennent le plus longtemps l’attention, où se forment les « bouchons » aide à ajuster la muséographie, la signalétique ou l’emplacement des dispositifs interactifs.

Une bonne pratique consiste à croiser ces données quantitatives avec des études qualitatives (observations, entretiens) pour éviter les interprétations hâtives. Un temps de visite très court peut signifier ennui… ou au contraire impact immédiat et fort du dispositif. Le regard croisé des données et du terrain reste irremplaçable.

Programmes de fidélisation et CRM culturel : pass annuels, newsletters segmentées, clubs de mécènes individuels

Les programmes de fidélisation (pass annuels, cartes jeunes, abonnements famille) structurent de plus en plus la relation avec les publics réguliers. Au Centre Pompidou, par exemple, le « laissez‑passer » représente une part significative des entrées aux expositions temporaires. Couplés à des outils de CRM culturel, ces programmes permettent d’envoyer des newsletters segmentées, des invitations ciblées, des offres adaptées aux usages de chacun.

Les clubs de mécènes individuels, longtemps réservés aux très grands donateurs, se déclinent désormais à des niveaux plus accessibles, offrant des avantages exclusifs (visites privées, rencontres avec les équipes, accès à des contenus numériques premium) en échange d’un soutien financier récurrent. Cette personnalisation relationnelle répond à une attente forte de reconnaissance de la part des publics les plus engagés.

Engagement citoyen, enjeux sociétaux et écoresponsabilité recherchés par les visiteurs

Expositions engagées sur le climat, le genre ou la mémoire coloniale (palais de tokyo, musée de l’homme, mucem)

Une part croissante des visiteurs attend des musées qu’ils prennent position sur les grands enjeux contemporains : crise climatique, inégalités de genre, mémoire coloniale, migrations, racisme. Des institutions comme le Palais de Tokyo, le Musée de l’Homme ou le Mucem construisent des expositions où les œuvres dialoguent explicitement avec ces questions. Ce positionnement transforme le musée en acteur du débat public, au risque parfois de susciter polémiques ou controverses.

L’enjeu n’est pas de délivrer un discours militant univoque, mais de mettre en scène la complexité, de donner accès à des sources, de permettre l’expression des publics. Quand ce contrat est clair, les visiteurs plébiscitent ces propositions, qui répondent à une quête de sens de plus en plus forte dans les pratiques culturelles.

Écoconception des expositions : matériaux recyclés, sobriété énergétique, logistique des prêts internationaux

L’empreinte environnementale des expositions temporaires est désormais scrutée par les publics les plus sensibilisés. De nombreuses institutions s’engagent dans l’écoconception : réemploi des cimaises, matériaux recyclés, mutualisation des tournées d’expositions, sobriété énergétique des éclairages et des climatisations. Certains musées publient même des bilans carbone détaillés de leurs grandes productions, signe d’une transparence accrue.

Cette démarche implique parfois de renoncer à certains effets spectaculaires très gourmands en énergie ou en transport, au profit de dispositifs plus sobres mais pas moins créatifs. C’est aussi une opportunité pédagogique : montrer au public les coulisses d’une exposition durable, expliquer les arbitrages réalisés, valoriser les métiers qui inventent ces nouveaux standards.

Participation citoyenne : co‑curation, muséographie participative, collectes de mémoire (musée de la résistance, musées de ville)

La participation citoyenne dépasse le simple dispositif interactif pour toucher à la conception même des expositions. Co‑curation avec des habitants, comités consultatifs de visiteurs, collectes de mémoire (notamment dans les musées de ville ou les musées d’histoire comme les Musées de la Résistance) permettent de faire entrer dans les collections des récits, des objets, des archives qui auraient sinon échappé au regard institutionnel.

Pour vous, visiteur, cette approche se traduit par un sentiment d’appropriation plus fort : reconnaître son quartier, son histoire familiale, ses luttes ou ses pratiques quotidiennes dans les vitrines du musée. Pour l’institution, c’est une manière de renouveler ses narrations et d’ancrer plus fortement sa légitimité sur son territoire.

Labels et démarches RSE dans les musées : ISO 20121, green key, charte développement durable

De plus en plus de musées s’engagent dans des démarches de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) structurées : certification ISO 20121 pour les événements responsables, label Green Key pour l’hébergement durable quand un site inclut un hôtel, chartes développement durable adoptées à l’échelle de réseaux régionaux ou nationaux. Ces engagements, longtemps perçus comme purement internes, deviennent des éléments de communication vers les publics.

Pour un visiteur, savoir qu’un musée limite ses déchets, favorise des prestataires locaux, veille aux conditions sociales de ses partenaires ou réduit ses consommations énergétiques compte de plus en plus dans le choix d’une sortie culturelle. L’avenir proche verra sans doute ces informations apparaître aussi naturellement que les horaires ou les tarifs dans les supports de communication.

Programmation événementielle et offres hybrides présentiel / en ligne

Nocturnes, événements spéciaux et festivals dans les musées (nuit européenne des musées, nuit des idées)

Les événements nocturnes et les festivals thématiques jouent un rôle majeur dans le renouvellement des publics. La Nuit Européenne des Musées, la Nuit des Idées ou des nocturnes hebdomadaires transforment la perception du musée, qui devient un lieu de sortie en soirée au même titre qu’un cinéma ou une salle de concert. Ces formats attirent particulièrement les jeunes adultes et les publics éloignés des pratiques culturelles plus traditionnelles.

Pour les équipes, ces soirées sont aussi des laboratoires où tester de nouveaux formats : DJ sets au milieu des sculptures, visites flash, conférences performées, ateliers participatifs. Les retours d’expérience de ces événements nourrissent ensuite la programmation plus « classique ».

Résidences d’artistes, performances et concerts in situ (palais de tokyo, centre pompidou, FRAC)

Résidences d’artistes, performances, concerts in situ ancrent le musée dans la création vivante. Au Palais de Tokyo, au Centre Pompidou ou dans les FRAC, l’artiste n’est plus seulement exposé, il est invité à travailler sur place, à interagir avec les visiteurs, à activer les espaces autrement. Ces résidences répondent à une attente forte de « voir l’art se faire », de comprendre les processus créatifs, de fréquenter les artistes en situation de travail.

Pour les institutions, elles supposent une organisation souple, capable d’accueillir des formes imprévues, des temporalités longues, des ajustements en cours de route – une culture de projet parfois éloignée des rythmes habituels des expositions temporaires.

Visites virtuelles, live streams et webinaires : stratégies post‑covid du louvre, du british museum et du prado

La pandémie a accéléré de manière spectaculaire le développement des offres en ligne. Visites virtuelles, live streams, webinaires, conférences en ligne ont permis de maintenir le lien pendant les périodes de fermeture. Le Louvre, le British Museum ou le Prado ont massivement enrichi leurs plateformes numériques, offrant des explorations interactives des salles, des visites commentées en direct, des replays accessibles à tout moment.

Si certains craignaient que ces offres ne détournent les publics du présentiel, les données disponibles suggèrent plutôt un effet de complémentarité : les visites virtuelles stimulent l’envie de voir les œuvres « en vrai » et offrent une alternative précieuse pour les publics éloignés géographiquement ou physiquement.

Ateliers de médiation en ligne pour les écoles, EHPAD et publics éloignés via plateformes type zoom ou teams

Les ateliers de médiation en ligne, via Zoom, Teams ou d’autres plateformes, se sont imposés pour les écoles, les EHPAD, les centres sociaux. Visites commentées à distance, ateliers de pratique artistique avec matériel envoyé en amont, rencontres avec des conservateurs ou des artistes depuis la classe ou la salle commune d’un établissement médico‑social : ces formats répondent à la nécessité d’atteindre des publics qui ne viendront jamais ou rarement au musée.

Pour un professionnel, la question n’est plus de savoir si ces offres doivent être maintenues après la crise, mais comment les intégrer durablement dans la stratégie globale de service au public, en articulation avec l’offre sur place, afin de construire une véritable continuité d’expérience entre le hors‑les‑murs numérique et les espaces physiques du musée.

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